• Chantale Belhumeur

Un trail dit Polaire


Wow ! Quelle chance ! L’engouement pour la course en sentier est bien établi.  La course en sentier va tellement bien, c’est tellement agréable et satisfaisant de se retrouver en forêt que de plus en plus de courses en sentier (trail) s’ajoutent en hiver.  


La difficulté principale, en hiver, est de trouver le bon vêtement qui fera que l’on n’aura ni trop chaud, ni trop froid.  Ensuite, il suffit d’ajouter des crampons à vos souliers de course, ou d’acheter des souliers conçus pour ce genre de courses et de partir sur les sentiers. Et courir l’hiver, c’est vraiment plaisant

.

Mais voilà, il arrive aussi que la difficulté principale devienne tout autre.

Le 21 janvier dernier, c’était la course du Trail de la nuit polaire à Duchesnay.  Déjà une petite difficulté supplémentaire … c’est en soirée.  Mais ce n’est rien pour arrêter des trailers.  Une bonne frontale et on se place sur la ligne de départ avec fébrilité.  Laissez-moi vous raconter l’édition 2017.


Premièrement, la température ! 0 avec un ressenti de -5. Pas trop polaire comme température. Mais c’est quand même mieux que -30. 


On s’habille comment ? Quelques-uns sont en short avec seulement un chandail.  Brrrr ! Quand même ! La plupart, tout comme moi, portons un ou deux chandails minces et pas de tuque.


Nous attendons le départ du 20km où mon amie Isabelle est inscrite.  Le départ est retardé par l’attente de la fin du 1km pour enfant.  Soudain une magnifique petite fille se présente.  On l’encourage à grands renforts d’applaudissements.  Croyez-vous que ça l’intéresse ? Pas du tout ! Elle est fâchée, boude et marche encore plus lentement. Ha! Ha !


Le départ se donne pour le 20km suivi de près du 13km dont je suis avec plusieurs de mes amis coureurs.  Zéro degré ! Zéro degré au Québec le 21 janvier à 17h45.  La neige est molle.  J’avais l’impression de courir sur une plage de sable blanc ou dans 15cm de farine tassée. Aucune propulsion.  Difficile ! Vraiment demandant.


Je prends le départ et mon rythme.  Je serre les abdos, me concentre sur mes stabilisateurs et je cours comme si je courais sur des œufs pour éviter de trop m’enfoncer dans cette farine déjà pleine de trous par le passage des coureurs du 20km.

Dès le départ, sur deux kilomètres, c’est la montée d’environ 200m.  Pas féroce comme montée, mais dans cette neige, elle semble interminable.  Plusieurs marchent, mais je garde mon rythme.  Le rythme, c’est important. Sur le 4km qui suit, la piste est faite de montées et de descentes dans la farine tassée.  Je me fais grand plaisir dans les descentes afin de rattraper un peu de temps sur le chrono … et aussi parce que j’adore la descente.


Arrive enfin le kilomètre 6,4 ou l’on repasse au départ.  Je vois mon amie Bernice qui est là pour nous encourager, car elle est blessée et a décidé de ne pas empirer sa blessure à la hanche.  Sage décision dans cette neige.


Je repars sur cette piste en sachant un peu mieux à quoi m’attendre.  Et voilà que je me retrouve seule.  Seule avec moi-même, avec mes œufs sous les pieds, mes chevilles, mes stabilisateurs et ma frontale.  Seules quelques lumières au loin dans le noir. C’est là que MA course prend son essence.


Courir seule dans SA bulle, ne pas écouter le mental, mais plutôt lui sourire.  Ne pas s’arrêter à ses mollets et ses fessiers qui sont en feu de pousser et pousser dans cette neige molle. 


C’est là, dans ces moments, que je me sens si bien.  C’est là ma recherche.  Ces moments de présence totale au soi, comme une immensité infinie et, dans ce noir, l’infini est encore plus grand. 


Cet état me transporte tellement que j’ai toujours l’impression de voler, d’aller plus vite.  Soudain, il ne semble plus y avoir de difficultés sous mes pieds.  C’est la totale, c’est LÀ que je veux Être.


Oui, il y a eu les autres montées et les autres descentes et j’ai fini ma course par un belle poussée et très fière de moi, très fière d’avoir gardé mon rythme tout au long de cette course qui pourtant n’était pas si longue.  Non ! pas si longue, car pour une coureuse qui s’entraîne pour de longues distances, 13km ce n’est pas une longue distance, mais celle-ci était relevée et j’étais bien contente de ne pas avoir choisi la distante de 20km pour un premier trail d’hiver.


J’ai appris après la course que beaucoup de coureurs avait abandonnés après le premier 6km.  Je les comprends, c’était difficile et quand le plaisir n’y est pas, on s’arrête, car sans plaisir la course n’a plus son essence.


Mais moi, je n’étais blessée et j’avais du plaisir.  Dans tous ces efforts, j’avais du bon plaisir.  Et aujourd’hui, de retour à la maison en écoutant le football, je me dis que c’était une foutu belle trail et une fin de semaine parfaite.


Maintenant, il me reste à manger ma médaille.


Bonne santé!

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