• Chantale Belhumeur

Le défi du diable - récit d'une course d'enfer


Si vous lisez ceci, c’est sûrement que vous me connaissez ou au moins vous me suivez un peu et vous savez donc que je suis naturopathe, professeur de yoga et folle de la trail sous toutes ces formes.


J’ai aussi besoin d’un défi d’accomplissement.  Un défi qui me sort de tout ce qui peut être routine et procrastination.  Vous savez le genre de défi où tu ne peux pas te dire …


« Ah ! je le ferai demain », car si tu ne le fais pas un peu à tous les jours, tu deviens carrément en retard et ce temps ne se rattrape pas.  Tu dois le faire. Tu dois être proactif.  Il n’y a rien de réactif dans un tel défi. Il doit se préparer. Là où le chemin pour y arriver devient aussi important que le but lui-même … ça c’est mon genre de défi. Du long terme, quoi !


Donc cette année, mon défi était 50km de trail en course. Je vous raconte mon parcours.  Bonne lecture.


Premièrement, je dois vous dire que je suis dans la plus grande gratitude d’avoir partagé ce défi avec ma bonne amie Isabelle Bernier.


Départ de Orford vers 15h30 vendredi après-midi pour se rendre à Shawinigan chercher nos dossards, manger et se coucher. (Note de départ : Merci à l’organisateur qui nous fait préparer un souper d’avant-course.  Wow !)


Toutes les deux, nous n’avons pas très bien dormi. L’excitation et des oreillers incroyablement inconfortables nous ont rappelé de toujours apporter nos oreillers.

L’alarme sonne à 4h15 de la nuit afin de terminer la préparation de nos sacs et de se rendre à St-Mathieu-du-Parc pour le départ en autobus à 5h30.  Après 1h30 d’autobus scolaire et de concentration pour ne pas avoir mal au coeur, nous voilà rendu.

8h00 : Le départ est donné.  Les premiers 25km sont plutôt faciles.  La trail est roulante, c’est-à-dire qu’il n’y a pas trop d’obstacles, racines, montées, etc. et je prends ma place dans la course.


3h30 plus tard, j’ai fait mon premier 25km, donné beaucoup de Arnicare au passage (c’est incroyable le nombre de coureurs qui ont des crampes) et ça va très bien.  Sauf que c’est là que la course débute pour vrai.  Un défi du diable.


Au ravitaillement du 30e kilomètre, il y a beaucoup de coureurs.  Je vide une partie de mon sac à dos. Mon inexpérience m’avait fait déjà trainer beaucoup trop de bouffe dans mon sac. Trop pesant, je dois m’en rappeler pour la prochaine fois. Les ravito sur cette course sont incroyablement fournis et les bénévoles s’amusent et nous amusent. Un grand merci.  Je prends quand même un temps pour manger et boire, car j’ai une petite idée de ce qui m’attend, mais seulement une petite …


En quittant, je vois un coureur du 80km (lui est à son kilomètre 60) qui doit abandonner sa course. Il est en douleur intense de crampes.  Il marche avec peine.  Je suis triste pour lui et me dis qu’une alimentation et supplémentation adéquate limite de beaucoup les crampes et douleurs.  Si seulement …


Et me voilà qui m’engage dans mon vrai défi, parce que … oui … je savais très bien que 30km c’était réalisable.  Donc, je m’engage dans la trail et je m’y retrouve enfin seule. Le silence comme je l’aime. Personne autour pour des kilomètres. Rester focus, c’est tout ce qui compte. Un pas après l’autre.  Je pense à mes amies qui m’ont demandées de faire un kilomètre pour elles, à mes enfants qui me savent en course, à mon mari qui me laisse m’épanouir et vivre mes passions.  Je pense à tous et ils courent avec moi. 


Mais je dois rester focus, car une racine ou une roche et tout peut se terminer là. 

Vers le 38e pourtant, je glisse sur une grosse roche dans un escalier qui se détache du sol et je me tords légèrement le genou droit, pas beaucoup, mais assez pour que je le sente fragile.


Au ravito de 40km, je m’arrête pour 10 minutes, je crois … je ne sais plus trop… et comble de bonheur il y a des chips et des pretzels … wow ! du salé.  Je m’assoie, m’étire et réalise soudain que je vais réaliser mon défi.  Je le sais. Je le sens. Il est juste là au bout du chemin. Je réalise aussi que je suis à faire un Ultratrail.  Non, je n’y avais jamais pensé.  Je devenais donc une Ultratraileuse.  J’en ai eu les larmes aux yeux. L’émotion m’étreint et je dois ravaler ma salive. Je me lève et je repars sur cette magnifique trail du Parc de la Mauricie, sur ce défi de course de La Chute du Diable. Cette fois, nous sommes trois à nous suivre, passer et repasser dépendant de nos forces et du terrain. 


Nous arrivons finalement à cette partie de la course qui se nomme « la descente aux enfers ».  Je vous le confirme, c’est une descente aux enfers.  La descente, c’est ma force en course, mais je n’arrive pas à trouver de rythme.  Escaliers en grosses roches, chemins étroits et très abrupts, terre sablonneuse et glissante, genou instable et fragile, tout y est pour me faire vivre mon propre enfer.  Dans ma tête, j’ai invité mon amie Sophie à descendre avec moi, ça me rappelait notre complicité du raid où nous avions rushé et presque pleuré en canot.


Pour rester positive, j’ai aussi pensé à tous ceux et celles qui ne peuvent pas vivre une telle expérience, les gens handicapés ou malades. Tous ceux qui voudraient être ici et faire un tel défi mais qui sont incapables de l’accomplir.  Et aussi à tous ceux qui pourraient l’accomplir mais qui se mettent des barrières … Ah ! félicitations, disent-ils mais moi je ne pourrais pas.  Si vous êtes de ceux-là, je vous demande pourquoi ! Je ne vous demande pas de vous préparer pour 50km de trail, je vous demande pourquoi ne pas lever vos barrières ?


Mon arrivée en enfer me déçoit quand même un peu, c’est La Chute du Diable.  Mais elle est où, c’est à peine un gros rapide (R3 Sophie). J’ai trouvé la descente tellement difficile que la « Montée du purgatoire », à-pic, poussière et tout m’a semblé super facile.  J’ai pris mon rythme en encourageant mes compagnons de voyage et j’ai filé dans la montée. (J’ouvre une parenthèse ici pour un merci spécial à notre beau parc et son sentier des Crêtes qui m’a si bien préparé pour ces montées)


Arrivée au « ciel », la dame me dit : Bienvenue au ciel, voulez-vous une limonade … Oh ! que oui, je lui réponds. De loin la meilleure limonade que j’ai bue de ma vie ! Oups! Je suis au ciel. Bon ! peut-être que non, mais peut-être que oui, en tout cas elle était désaltérante.  L’ange-dame-bénévole me dit : bonne fin de course.  Je lui réponds que je vais maintenant marcher.


Il me reste 4,2km et j’ai mal partout, mais comme un cheval qui sait qu’il s’en va à l’écurie, je me remets à courir doucement et finalement un peu mieux et encore un peu mieux.  Mon pas s’étire, les racines jaillissent et je passe par-dessus, je perds mes compagnons de route et dépasse quelques personnes plus loin devant. Tout file, je sais que je vais y arriver et l’émotion m’étreint encore.  Je pense à Isabelle que je sais déjà arrivée depuis un bout de temps. Je pense aux chemins parcourus aujourd’hui et avant pour arriver à cette journée. Je pense à mes compagnes et compagnons d’entraînements que je remercie de tout cœur et un merci spécial à Bernice pour sa grande générosité, disponibilité et ses encouragements.


Et mon pas continu de s’allonger. Soudain, je n’ai plus mal.  En tout cas, je ne sens plus la douleur.  Je monte et je descends sans effort, tout est facile ou presque.  Juste avant l’arrivée, se dresse une petite montée.  Je la regarde et me dis … c’est pas vrai que je vais monter en marchant … et je cours jusqu’en haut.  Je franchis la ligne d’arrivée d’un bon pas, ce qui prouve que quand il n’y en a plus, il en reste encore … merci mes coachs.  Merci pour les entraînements, les encouragements, les sourires et votre disponibilité.

Retour à la voiture, Isabelle et moi reprenons la route vers nos vies, réglées elles aussi de quelques défis qui ne sont pas plus petits que celui-ci, juste différents.


Je suis fière de mon défi du diable, de mon parcours et de ma détermination et je vous souhaite de beaux défis à votre mesure, à votre passion. Ne croyez pas que vous en êtes incapable. Levez vos barrières, un pas à la fois. Tout est possible. Voyez-le et vivez-le.

Pour ma part, je crois bien refaire ce 50km l’an prochain, mais je dois aussi me trouver un nouveau défi, car la vie, c’est un peu ça … juste un peu de défi.


Merci d’être dans ma vie, merci la vie.

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