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  • Chantale Belhumeur

Courir sans égo


Mont Ste-Anne, Québec. Nous sommes huit amis à nous présenter au Québec Méga Trail. Nous sommes huit amis venus courir. Nous sommes huit amis venus s’encourager, mais encore mieux, nous sommes huit amis venus nous amuser.


8h15, c’est le départ pour trois d’entre nous.  Nous sommes sur le 48km d’une course peu banale, une course qui en demande et une montagne qui commande.  C’est Ste-Anne, la belle grande.  Celle à qui l’on doit respect.  Une fois, nous en ferons le tour et une fois nous la grimperons. 


Sur la ligne de départ, Isabelle, Anne et moi sommes fébriles.  Sophie et Josée sont là pour nous encourager, tandis que Carmen, Alain et Sylvie, ramassent nos assiettes au condo et arriveront un peu plus tard pour leur défi et pour nous encourager.

Levées depuis 5h45, nous sommes prêtes à affronter la méga Méga Trail.


Le départ est donné.  Mon cœur bat fort.  C’est mon défi et un défi que je souhaite relever avec brio.


Première partie, la montée de la Libériste.  Cette superbe montée en trail fait le tour de la Montagne avec un dénivelé de plus de 500 sur 5km.  Sentier parfait, comme j’aime. J’arrive au ravito 1 en même temps que Anne, Isabelle étant déjà loin de devant.  Le temps de le dire, je remplis mes gourdes d'eau, mange quelques morceaux de melon d’eau et up, je repars pour le 2e ravito à 15km juste dernière mon amie Anne.


Nous sommes maintenant dans des chemins forestiers (piste de ski de fond et vélo).  J’aime moins, mais ça arrive souvent dans les courses de trail.  Je lève un peu le pied sur les descentes qui sont souvent en roches instables.  Pourtant, c’est mon fun la descente … mais j’ai 48km à faire et il ne faut pas me blesser.  Il fait chaud, mais au moins je suis à l’ombre dans la nature que j’aime tant.


Vers mon 13e km, je sais que je dois manger un peu, mon corps commande à 13km … même si le ravito est à 15km, je dois manger.  Je prends donc un morceau de boule d’énergie salée-sucrée.  Pas trop car je n’ai presque rien apporté, moi l’insécure, et j’ai encore … ouf … beaucoup à courir.


J’arrive au 2e ravito comme mon amie Anne repart.  Le temps de lui crier … bonne course et je me « bourre la face » de melon.  Il y a aussi des oranges, des barres tendres et des bonbons.  Il faut savoir que j’ai beaucoup de difficulté à manger en course et encore plus si c’est très sucré, donc pas de barres ni de bonbons.  Je dois gérer.


Je repars en demandant à quelle heure est le cut-off (moment où l’on arrête les coureurs) du 25ekm.  Un participant me répond : « Pas d’inquiétude les cut-off sont longs, t’as le temps. » Pourtant il me semblait qu’ils étaient serrés … en tout cas à ma vitesse. Je repars encore sur un chemin forestier, mais pour prendre un sentier de vélo assez rapidement. Yes !


Me voici sur les sentiers de vélo en pleine forêt, c’est beau mais souvent de travers, c’est-à-dire qu’un pied est plus bas que l’autre.  Mais bon, on fait de la trail. Le sentier est beau, mais je n’y prête pas trop attention.  Je suis seule depuis un bon bout de temps et ça me convient très bien.  Je gère ma course pour ne pas être trop fatiguée et je suis heureuse.


Caline, j’ai un peu mal à la hanche … le sentier de travers me demande beaucoup de concentration.  Je m’arrête pour m’étirer le dos.  Je suis sur le bord de la rivière et il fait chaud. Je commence à avoir un peu mal au cœur.  J’ai faim, je dois manger au ravito 3 et j’espère qu’il y aura du salé.  J’ai hâte d’arriver. Je me remets à la course ou plutôt au trot.  Il m’en reste beaucoup à faire.  Je pense prendre une photo, mais me dis encore que je pourrai la prendre au 2e tour.


Cette partie du sentier qui suit le rivière Jean Larose est magnifique. Soudain, je commence à entendre la ligne d’arrivée. Bon! plutôt la ligne d’arrivée des participants des autres distances, car moi j’ai encore un tour à faire … après avoir montée la Crête de Ste-Anne.


En course, on est un peu comme un cheval qui entre à l’écurie quand on entend la ligne d’arrivée. L’adrénaline monte et on galope jusqu’au bout.  Tous ces « feelings » je les ressens, mais je dois me contrôler et gérer.  En plus, je l’ai dit, j’ai foutument chaud et je gère mal ma chaleur corporelle.  Je pense soudain que j’aurais dû en profiter pour me flanquer à l’eau dans le rivière. Mais c’est trop tard.


J’arrive à l’arrivée, ou plutôt au ravito 3, qui pour moi est le 25km sur 48km.  Sur le moral, je trouve ça difficile de devoir continuer.  Mais c’était mon choix alors je me pointe au ravito … une minute avant le cut-off.  Je me dis, ouin! la gang de tantôt passera pas.


Le bénévole me laisse passer.  Alain et Sylvie sont sur place et voient bien dans mon visage que je me demande si je dois continuer.  Mais oui, j’ai envie de monter la Crête.

Je mange … des foutus morceaux de melon et je repars sur une démarche peu convaincante. Je me demande si je fais bien de continuer.  J’entre dans le sentier l’Escarpée.  C’est mon genre de montée, mais je sais que ça ne durera pas … et j’ai mal au cœur.  Mais vraiment mal au coeur! Et j’ai faim. Vraiment faim. Vais-je vomir?  J’ai chaud.


Je sors du sentier et je regarde la Crête qui est devant moi.  Ai-je envie de monter ? Oui.  Mais je n’ai vraiment pas envie de refaire le 20km que je viens de faire. Je me retourne et je regarde le fleuve St-Laurent et pense à la piscine du condo et dans ma tête ça dit :

               -  Non ma belle! T’as fini. Tu as mal géré ta bouffe. Tu gère mal la chaleur et dans pas long t’auras pu de fun. Tu n’arriveras pas en haut pour le cut-off et les ravitos vont être fermés quand tu vas passer aux 2 ravitos suivants. T’as pas de bouffe, t’as mal géré. T’as faim et tu risques de te blesser et t’aime bien trop courir pour prendre ce risque.


C’est donc avec le sourire et la joie de la conscience que je décide de redescendre la partie de la Crête, je me présente à la ligne d’arrivée et mentionne que le numéro 1013 abandonne la course.  Je suis retournée avec mes amis et nous avons attendu Isabelle et Anne qui ont fait le parcours du 48km.  Félicitations les filles ainsi qu’à tous ceux et celles qui ont courus sous cette chaleur, peu importe la distance.


Comme mots de la fin, je dis toujours à mes participants en yoga ou stretching de respecter les limites de leur corps, sans jugement et sans comparaison aux autres. Je dis toujours dans mes infolettres ou vidéos de faire ce que l’on aime … pour nous, pas pour les autres. Et on sait bien qu’il faut faire comme on dit ! Non ? Walk the talk … Il faut que les bottines suivent les babines.


Cette course m’a énormément appris.  Elle m’aura appris à mieux gérer mon alimentation (et de trainer ma bouffe).  Elle m’aura appris à accepter la chaleur et à ne jamais hésiter devant un ruisseau bien rempli d’eau et de woah ! me garocher dedans. Hahah ! Elle m’aura appris que je n’aime pas faire deux fois le même parcours.  Elle m’aura appris que j’ai des amis extraordinaires … ah ! non, ça je le savais.  Elle m’aura appris et j’apprends encore.


Je n’ai pas abandonné la course.  La seule chose que j’ai abandonnée, c’est l’égo et probablement des blessures si j’avais continué la course sans respecter mes capacités du moment.  Et ça ce n’est pas une défaite, c’est une belle victoire.


Bonne santé

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